Musée

Museum van Schone Kunsten Gent (le Musée des Beaux Arts) - Les Huit Béatitudes

Le Musée des Beaux Arts a été fondé en 1798 et est l’un des plus anciens musées du pays. Le bâtiment centenaire de la « Citadelpark » avait besoin d’être rénové. Après 4 ans, le musée est désormais ouvert au public. Le musée s’efforce de rendre accessible au public une riche variété de collections de peintures, sculptures et dessins. Une sélection permanente de 300 à 350 œuvres est exposée.

 

Une des peintures exposée est nommée « Les huit béatitudes ». Il a été peint par un maître anonyme au milieu du 16ème, autour de 1567 - 1570, juste après la fureur iconoclaste de 1566. C’est un triptyque, réalisé dans un style populaire et vivant ; une représentation du célèbre discours sur la montagne de Jésus Christ. Le titre se réfère d’ailleurs aux huit félicités ou béatitudes énoncées par Jésus dans son célèbre sermon.

Nous tenons à remercier « le Musée des Beaux Arts » de Gand, où le tableau peut être vu, pour leur aimable collaboration et leur autorisation (www.mskgent.be).


Le récit biblique qui a inspiré le peintre est :

Matthieu 5:1 - 10:

Jésus, voyant cette foule, monta sur la montagne, et lorsqu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant sa bouche, il se mit à les enseigner, en disant :

Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.
Heureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu.
Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice,
car le royaume des cieux est à eux.

(abbé A. CRAMPON)

Les huit béatitudes

 

Chaque bénédiction est illustrée séparément : 3 sur le côté gauche, 2 dans le volet milieu (en dessous de l'image principale) et 3 sur le côté droit.

Des bandes de texte, écrit en vieux néerlandais expliquent chaque image. Sous l'influence de la réforme, au 16ème siècle, il est devenu courant dans les milieux catholiques, qu’une traduction des textes bibliques soit faite en langue vernaculaire. Il est intéressant de voir comment la langue néerlandaise était écrite (et sans doute prononcée) à cette époque. Aussi, le rapport entre les béatitudes et l'image est extrêmement intéressant.

Parce que nous voulons montrer chaque partie séparément, nous avons utilisé un schéma numéroté.

 


Le panneau du milieu

 

Le texte du haut: Salich zijn sij die in uwen huyse wonen die zullen hu louen inden tyt des eewicheijts – Psal LXXXIII

Sous le tétragramme: Hy heeft u ghegheuen eenen leeraer der rechtueerdicheijt – Hoort hem – Matt XV

Autour de Jésus: Die gheest des Heren es up mij, daeromme heeft hij mij ghesalft ende heeft mij ghesonden om te prekene den aerme

Le texte en bas: Ic ben van hem ghestelt een conynck up Syon sijnen heleghen beerch prekende zijn ghebot – Psal II

 

'Bienheureux ceux qui vivent dans ta maison, ils te loueront pour l’éternité - psaume 83 ; c’est ainsi que l’on écrirait ce texte aujourd'hui. Au dessus dans la peinture, le maître a illustré le nom de dieu, dans un nuage radieux. Des multitudes célestes entourent le nom et l'adorent. Sous le nuage est représenté Jésus, assis sur une montagne prononçant son célèbre sermon. Jérusalem se trouve à gauche en arrière-plan. Au dessus de Jésus est écrit : « Il vous a donné un enseignant de justice. Ecoutez le » Matthieu 15. Toujours au dessus de Jésus, l’Esprit Saint est représenté sous la forme d'une colombe. Le texte ajoute : 'L'esprit du seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres et il m’a envoyé guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captif la délivrance'. Jésus enseigne la multitude qui est assise à ses pieds. Au bas du tableau, un bande de texte a été porté, avec le message : « Et moi, j’ai établi mon roi sur Sion, ma montagne sainte, prêchant son commandement » - psaume 2. '

Le tétragramme est ici finement et joliment peint, y compris les voyelles qui ont été ajoutés plus tard par les Massorètes. Quand on lit le texte avec ces 3 voyelles, on peut lire « Yehowah ».

 


 

Concernant le nom divin, il est intéressant d’examiner également les autres parties.

Tableau - partie 1

 

Texte dans le tableau:

hoocheijt
heerghiericheijt
Begheerte des Weerlts

Texte sous le tableau:

Salich zijnse die aerme zijn van gheeste, want dat rycke der hemelen behoort hemlien toe

Deux hommes et deux femmes se trouvent à au milieu des richesses du monde. La femme à gauche tient un sceptre et une couronne. L'autre femme, à l’extrême droite, porte une couronne surmontée d’une croix. Elle pointe du doigt une caissette contenant des objets précieux. Derrière elle se trouve une niche emplie de choses précieuses. L'homme à gauche à les bras croisés et il pointe un doigt vers le ciel, vers une personne céleste tenant un sceptre et se trouvant au milieu des nuages. L'autre homme regarde également le ciel et se trouve en attitude d’oraison. À côté de la femme se trouvant à gauche, une échelle est surmontée du texte : `majesté'. De l'autre côté de l'échelle, au dessus de la femme, est écrit `honorable’. Au dessus de l’autre femme est écrit : `Convoitise du monde'. Sur le sol, entre deux couronnes, se trouvent un sceptre et une échelle.

Le texte du bas: 'Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.

 


 

Tableau - partie 2

 

Texte dans le tableau :

Spijticheijt
Iniurie

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn die Sachtmoedighe, want zij besitten sullen die aerde

 

Un homme en haillons tient avec une main les cheveux d'un autre homme, le poing fermé, prêt à le frapper. Au dessus, est écrit en Néerlandais : `Iniurie', qui signifie « vilain». L’autre homme, baissé, tient une cruche et un pain. Deux femmes se trouvent à gauche dans l'image. Une femme regarde la scène, étonnée, pendant que la femme à l’extrême droite regarde le Christ, qui apparait avec une couronne d'épine et une croix. Au dessus de la femme est écrit le mot « dépit ».

Le texte ci-dessous: 'Heureux ceux qui sont doux, car ils possèderont la terre.'

(Note : En comparant avec Matthieu 5, nous remarquons que l’ordre des 2èmes et 3èmes maximes est différent).

 


 

Tableau - partie 3

 

Texte dans le tableau :

Melijden
Berau der sonden
Apoca – 21

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn sij die bedrouft zijn, want zij vertroost zullen worden

 

 

Un homme et une femme, à gauche dans l'image, sèchent leurs pleurs. Au dessus d'eux est écrit : `repentir des pêchés’. Sur la droite, se trouvent également un homme et une femme. La femme sèche ses larmes pendant que l'homme est en attitude de prière. Des larmes coulent également sur ses joues. Il regarde vers un ange, situé au dessous d'un tétragramme radieux. Ce dernier lui tend un linge. Au-dessus de la femme est écrit ‘pitié’. En-dessous de l'ange: `Apoca - 21' un renvoi à l'apocalypse ou à la révélation, où au 4ème verset est faite la promesse que dieu 'essayera toute larme de leurs yeux'. C'est pourquoi l'ange donne cette étole.

Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.'

Le tétragramme en détail :


 

Tableau - partie 4

 

Texte dans le tableau :

Toordeel gods
Gods rechtweerdicheyijt
op het zwaard: dwoord gods
op het boek: die wet gods
tussen de balans: gherechticheije
onder het brood: ghenaede
op de kruik en het brood: Gheeft d aermel meerighe brood

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn sij die hongheren ende dursten naerd die rechtweerdicheijt, want zij verseet sullen worden.

 

En dessous d'un étincelant tétragramme se trouve une femme couronnée. A gauche de ce tétragramme, il ya une branche de palmier et de l'autre côté une épée. Au dessus des deux est écrit : `Toordeel Gods' ou « le jugement de dieu ». Sur la tête de la femme est écrit ‘justice de Dieu’''. Celle-ci tient une épée et une balance. Sur ces objets également, nous trouvons écrits les vocables : « la parole de Dieu » (sur l'épée) et « justice » (sur la balance). La balance doit, bien entendu, en signe de la justice, rester en l'équilibre. Devant la femme, se trouve sur une table, un livre ouvert, une cruche et du pain. Sur les pages du livre est écrit : `la loi de dieu'. Sur la cruche et le pain est écrit : `Donne quelques pains aux pauvres’. A gauche de la femme se trouve un homme avec une coupe. À sa droite, un autre homme avec du pain. En dessous du pain que tient ce dernier, il est écrit : 'la miséricorde'.

Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés.'

Le tétragramme en détail :



 

Tableau - partie 5

 

Texte dans le tableau:

Goedertierenheijt
Baermherticheijt gods
Liefde
Mesdaet

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn die baermhertighe, want zij baermherticheijt verweeruen sullen.

 

En dessous d'un tétragramme étincelant, un ange tient une branche de palme dans sa main. Sur le nuage en dessous de cet ange, nous pouvons lire : `Miséricorde de dieu'. A sa gauche, se trouvent un homme et une femme aisés. Devant ces derniers, un homme est agenouillé dans une attitude suppliante. Au dessus de celui-ci, on lit le mot : ‘Crime’ et au dessus de la femme, le mot : `Clémence'. Ce mot est tombé en désuétude. Il est synonyme de bienveillance. A droite de l'ange un homme estropié reçoit qui obtient d’un couple des présents dont un vêtement. Au dessus ceux-ci est apposé le terme ‘amour ', désignant ainsi la qualité nécessaire pour de tels dons.

Le texte ci-dessous : 'Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.'

Le tétragramme en détail (avec les voyelles, très clairement distinctives) :

 


 

Tableau - partie 6

 

Texte dans le tableau :

Ghelooue
Duvels bedroch
Dexel der Soden
Lust des Weerlts
Der Sonde onreinheijt’
Onreijne liefde

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn sij die suijver van herten zijn, want zij sullen god sien

 

Un homme et une femme sont debout sous un nuage dans lequel se trouve le tétragramme. Le nuage est entouré d’une foule céleste. Au dessus de la femme, le texte : `foi'. A gauche de l'homme se trouve un démon vêtu. « La tromperie du diable » est écrit très clairement au dessus de lui. Le diable ressemble à une femme mais il a deux cornes, une queue et des pattes. Dans sa main, le diable tient un calice en or surmonté du texte `dexel des Soden'. Au dessus de la lettre « O », il y a un trait, indiquant généralement qu’il s’agit d’une abréviation. Le mot est très probablement « Sonden » ou « Zonden », « péchés » en français. Contrairement au démon tenant un calice fermé, une femme se trouvant aux pieds de l'homme, tient-elle un calice ouvert au dessus duquel se trouve le texte : ` Der Sonde onreinheijt’ ou « le péché d’impureté » et d’où sortent des serpents, symbole de cette impureté. A gauche de la femme se trouve un autre homme et une autre femme coiffée d’une couronne surmontée d’une croix. À côté de la couronne, on peut lire : `le désir du monde'. Aux pieds de cette dernière, se tient un enfant nu, les yeux bandés avec un arc la main. En dessous, il est écrit: `Amour impur'.

Texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront dieu. '

Le tétragramme en détail - il est ici difficile à discerner :

 

 


 

Tableau - partie 7

 

Texte dans le tableau :

kinderen gods
Paysmaker
gramschepe
Crijghdheijt
De Wille gods
De Wet (op de tafelen)

Texte dans la band de texte :

Salich zijn die vreedtsamighe, want zij sullen kinderen gods gheheeten worden.

 

En dessous d'un étincelant tétragramme se trouvent deux anges. Le texte entre eux les appelle : `enfants de dieu'. A gauche se trouve trois hommes et un quatrième derrière eux. L’homme du milieu empêche les deux autres de se battre. Le premier lève son poing tandis que le troisième a en main une épée. L'homme au fond tient une trompette dans sa main. Au dessus d'eux, se trouvent les textes en vieux néerlandais : `Paijsmaker', `gramschepe' et `crijghdheijt', soit « Artisan de paix », « Colère » et « Guerrier ». Le mot « Faiseur de paix » correspond à la félicité qui est ici représenté. Il s'agit en effet des « pacifiques ». Les autres mots sont le reflet de la scène : la fureur et « krijgdheid » désigne la propension de guerre. A droite de la scène, un homme est agenouillé devant une femme voilée. La femme tient deux tablettes de pierres sur lesquelles est écrite `la loi'. Au dessus d’elle, le texte : « La volonté de dieu ».

Texte ci-dessous : 'Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu.'

Le tétragramme en détail :

 


 

Tableau - partie 8

 

Texte dans le tableau :

Patientie
Steercke Vulherdicheijt
Chrus

Texte dans la bande de texte :

Salich zijn die ghene die vervolghinghe lijden om die rechtueerdigheijt, want dat rijcke der hemelen behoort hem toe

Trois femmes se trouvent sous un radieux tétragramme, entouré par les armées célestes. La femme du milieu tient une bible, une épée et une grenade surmontée d’une croix. La femme de gauche tient une croix et un fouet. Au dessus d’elle, le texte : `Patientie' ou patience. Elle se trouve sur une pierre sur laquelle est écrit « Chrus », pour Christ, une ligne au dessus d'un mot indiquant le plus souvent une abréviation. Dans le cas présent celle de Christus. A gauche de la pierre, on voit une tête de mort et à droite, une boule avec une croix. La femme de droite porte un pilier et tient dans son autre main un bouclier. Il est écrit dessus : `forte persévérance’. Le pilier est le symbole de la fermeté. La femme du milieu est couronnée. Les femmes autres femmes reçoivent une de la main de deux anges. Derrière eux, une scène de bataille est perpétrée. Bien sûr, il y a beaucoup de symbolismes dans ce tableau, en rapport avec la félicité. Le pilier représente la persévérance, le fouet le martyre, la tête de mort les victimes et le « Christus » la pierre sur laquelle l’église a été bâtie. La femme, symbole de la congrégation est debout sur le caillou.

Le texte ci-dessous : 'Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice, car le royaume des cieux est à eux.'

Le tétragramme en détail :

 



L'iconoclastie

Le nom « iconoclastie » ou « Beeldenstorm » a été donné à une série de destructions qui furent perpétrées entre le 10 août et octobre 1566 aux Pays-Bas. Au cours de l'iconoclastie, des centaines d'églises catholiques ont été détruites. Souvent ce sont les objets de valeur que contenaient les églises comme les autels, les images, les tableaux ou les chaires qui furent détruites. Cette série de destructions ont un rapport avait un rapport avec la montée du Calvinisme et du protestantisme aux Pays-Bas. On s'est alors indigné du culte des saints, de l'adoration des images et des richesses de l’Eglise. Il est possible que l'expression « schoon schip houden » trouve son origine à cette époque. Le mot « nef » (schip en néerlandais) se trouve être aussi le nom du grand espace situé au milieu d’une église. Bien entendu l’oppresseur espagnol catholique ne laissa pas cela impuni. En réaction Philippe II envoya Fernando Alvarez de Tolède, duc d’Albe aux Pays-Bas. Il resta d’ailleurs dans l'histoire comme le « duc de fer » en raison de la terreur engendrée de son règne.

 

A propos du nom divin dans ce tableau.

Le tableau est pourtant bien remarquable. Pas moins de 7 fois, l'artiste a peint le tétragramme dans cette œuvre, et ceci d'une façon correcte, même avec les signes représentant les voyelles. Et ceci, comme cela a déjà été mentionnée, seulement un an ou après la terrible iconoclastie. Derrière la peinture se trouvent les armoiries d'Antoon van Hille et de son épouse Martine van Zevecote. Ils en ont probablement été les commanditaires. Antoon van Hille était le juge-commissaire de Gand et était connue pour son opposition farouche à la reforme et à l’iconoclastie.

 

 

Haut de Page